Magenta Blues
Chronique de Francine Labelle
17-11-2003 Théâtre de l’oubli
27-05-2003 Vision Magenta Blues
23-02-2003 Exposition du Musée de l'Ermitage au Musée des beaux-arts de Montréal.
Dernière version 27-02-2003
Fru, Elle est full fru. Les musiciens ont droit à des chroniques intelligentes et raffinées, parlant de musique et nous les peintres "niette". Rien. Lisez Le Devoir le journal culturel s'il en est…
06-09-2002 Monsieur Languirand,
Lettre à propos de l'ennui… "Trouve ce qui va te faire lever le matin".
25-06-02
Le postmodernisme et sa proclamation de la mort de la peinture.
Je vous propose la suite du texte ci-bas du 5 janvier 2002 sur le postmodernisme et sa proclamation de la mort de la peinture, texte dans lequel j'essaie de répondre à la question: "Pourquoi, moi artiste de 2002, je peins encore ?"
Exposé à propos d'une conférence de René Payant à laquelle j'avais assisté en 1985 et qui explique bien les fondements de l'art dit contemporain.
15-08-2001 À propos de la
couleur
La chicane entre Ingres et Delacroix à propos de la couleur et notre choix d'être coloristes.
30-08-01 Trouvé ce bijou de Delacroix dans Pensées sur les Arts et les Lettres. (Carré d'Art, Séguier, Biarritz,1998)
"Qui dit art dit une poésie" - Il n'y a pas d'art sans un but poétique. Le plaisir que cause un tableau est un plaisir tout différent d'un ouvrage littéraire.
Magenta Blues. Des peintres coloristes. Des peintres qui dessinent avec la couleur, qui improvisent avec la couleur, qui jazzent avec la couleur.
C'est la vibration des rencontres de couleurs qui est le sujet même du tableau, l'excitation ultime, la jouissance de voir. Dans la texture colorée et les tensions provoquées par le jeu des taches, qu'elles soient figuratives ou abstraites, le peintre en voyage laisse surgir les formes et les couleurs sans savoir où il va. Le but de la peinture: le plaisir de peindre pour le seul plaisir de peindre. Comme les impressionnistes et surtout comme Cézanne, notre Maître inépuisable.
L'habileté à peindre d'observation ouvre la fenêtre pour peindre "en imaginaire" et plus précisément en "rêve éveillé".
L'artiste magenta
bluesien sait dessiner. Le dessin
d'après modèle, le portrait et la nature morte représentent ses gammes ou
plutôt les « standards » du jazzman, si on peut dire.
Imprégné des formes, le peintre peut se lancer en imaginaire et se laisser partir dans le rêve éveillé. En poussant de la peinture, il bâtit son tableau et laisse la figuration surgir de l'abstrait si la "visite" se présente, c'est-à-dire si le désir de voir surgir des formes figuratives survient. L'audace, la générosité, l'intrépidité, le plaisir de dessiner d'observation, la maîtrise du dessin vécu dans la transe…
La liberté de l'abstrait stimule autant que la surprise de la figuration. La liberté du geste ample, somptueux, enragé, hésitant, hoquetant, impulsif, tendre et caressant, saoule. Les couleurs s'excitent par leur voisinage dans cette gestuelle parfois sauvage, parfois sereine et tranquille, contrastée et vivante, en tensions soutenues et affirmées. Le rythme se joint aux textures et aux couleurs pour stimuler en subtilité et en puissance. La spontanéité surgit avec la rapidité d'exécution et recherche l'absence de doute.
Magenta Blues se nourrit également de la grande peinture américaine des années 60, l'expressionnisme abstrait, le "hot painting" à l'expression parfois sauvage, ahurissante, saisissante, parfois subtile et ludique, tendre et intimiste, nourrie, fécondée par le grand et méconnu Hans Hoffman,
Hans Hoffman, immense pédagogue s'il en est, éminence grise discrète et prégnante, fondait son enseignement sur la perception de l'espace négatif par la pratique du dessin d'après le modèle vivant et la nature morte. C'est à cette école de Hans Hoffman qu'ont été formés les Jackson Pollock, dont les tableaux abstraits fonctionnent sur la perception de * l'espace négatif et, par ce fait même, invitent l'œil au voyage sans fin.
Le plaisir de la perception de l'espace négatif, le plaisir de se perdre dans la foison des formes. Le plaisir de jouir de l'abondance de la réalité. Le plaisir de la surprise de ce qui surgit à chaque tableau: comment ai-je vu aujourd'hui ? Suite infinie de transformations. Le peintre s'excite. Le peintre part à la chasse.
Le peintre magenta bluesien est une chasseur: il chasse la surprise de voir "comment ça va sortir aujourd'hui".
Comment vois-je aujourd'hui? Qui suis-je?
Surprenante découverte chaque fois renouvelée, chaque fois imprévisible et souvent dérangeante.
Les artistes de Magenta Blues se fascinent du fait même de peindre en couleurs…Ils se fascinent du simple fait de voir. Ils se fascinent devant le phénomène de la perception elle-même.
Et ils se fascinent de l'aventure de poursuivre un tableau jusqu'à sa résolution. C'est-à-dire qu'ils travaillent à ce que chaque partie du tableau excite l'œil et participe aux rapports de tensions qui rendent le tableau vivant et surprenant, imprévisible à qui prend le temps de le parcourir.
Magenta Blues se nourrit également des peintres et poètes surréalistes. Aller à la découverte de ce qui va sortir en rêve éveillé, voilà l'objectif ultime et qui exige pour ce faire une maîtrise suffisante du dessin pour que les formes apparaissent : curiosité, étrangeté et surprise, autant que plaisir de la maîtrise.
Que de maîtrise pour
arriver à la spontanéité!
Francine Labelle
On sait maintenant qu'on perçoit toujours une forme sur un fond. Par exemple un arbre sur fond de ciel. Si vous décidez de regarder la forme que fait le ciel entre les branches de l'arbre et autour de l'arbre, vous percevez l'espace négatif de l'arbre.
L'espace négatif est donc le fond qu'on décide de percevoir comme forme, c'est-à-dire qu'on extrait le fond, on le détache et on en fait une forme. Votre ciel prend une forme précise, unique et qui vous fait apparaître cet arbre comme unique et précis.
On sait aussi qu'on ne peut percevoir qu'une forme à la fois. Mon œil ne peut percevoir et l'arbre et le ciel comme formes en même temps: il verra ou bien l'arbre sur fond de ciel ou bien le ciel sur fond d'arbre. C'est ce que les allemands ont appelé au début du siècle le phénomène de la gestalt (forme en allemand).
Ce jeu perceptuel est une source immense de plaisir pour Cézanne. Et la clé de sa peinture. Et c'est pour ça que Cézanne est notre grand-père vénéré et le père du cubisme.
En dessin, ce terme signifie le fait qu'une tache est plus ou moins foncée ou pale . Par exemple le gris pale n'a pas la même valeur que le noir. En peinture, le jaune n'a pas la même valeur que le rouge parce qu'il est plus pale.
Magenta Blue Vision
Magenta
Blues. Colorists called painters.
Painters who draw with color, painters who improvise with color,
painters who run with color.
"Neo-impressionists perhaps"? Definitely. The vibrations from colors meeting,
mixing, clashing and dancing: this is the subject of the painting itself. The ultimate excitement. The sensual joy
of sight. The point of the painting? The pleasure of painting for the pleasure of painting itself.
Just like the impressionists, just like Cézanne, and mainly like Cézanne should
I say, our Master. In the colored textures and in the tension of the
brushstrokes, the painter travels, allowing the forms and colors to appear at
will without foreknowledge of the destination. Like Picasso, the painter does not
plan, the painter discovers.
The ability to paint from observation opens the door to the painting “by
imagination” or in a “waking dream” state.
The result of painting, of sculpting forms, drawing from observation,
stimulates… no, excites!
The Magenta Blues artist knows how to draw. The mediocrity of
reproducing pictures, with its limits and its passive, uninteresting nature, is
absent, except in rare cases. Live models, portraits and still life fill the
gamut, the painter’s “standards”, if you will.
Filled with forms drawn with pleasure, the painter can release his
imagination and lose himself in a daydream. By pushing the envelope, the
painter builds his work and lets the image emerge by osmosis if the séance
allows… that is to say, if the desire to see the forms appear arises.
The liberty of the abstract stimulates just as much as the surprise of
the figurative. The liberty of the movement: wide, lavish, angry, hesitant,
halting, impulsive, tender, affectionate, drunk. The colors aroused by their
closeness in the movement sometimes savage, sometimes serene and tranquil. The
rhythm mingles with the textures and the colors to subtly yet powerfully
stimulate. Spontaneity erupts from the rapid execution and demands the refusal
of doubt.
Demanding the refusal of doubt.
Therein lies the intimate struggle. The
ultimate quest. Self-confidence. Statement without fear for the sole pleasure of stating. For the sole pleasure of being.
Yes, Magenta Blues is nourished by the great American painting style
from the 60s: abstract expressionism, “hot painting”.
The great American painting style from the 60s, which varied from
savage, staggering and startling to subtle, playful and intimate and which was
enriched the little known but great Hans Hoffman, the New York master, denies
us nothing.
Hans
Hoffman, a tremendous teacher, a discrete but irrefutable force, based his
teaching on the perception of negative space, which he taught through the
drawing of still life and live models. It was at this school that Jackson
Pollack, whose abstract paintings are based on the
perception of negative space and thus invite the eye to endless travel,
studied.
Audacity. Generosity.
Intrepidity. The pleasure of drawing
from observation. The skill of drawing in a trance.
The pleasure of perceiving negative space. The pleasure of losing oneself in the plethora of forms. The pleasure of reveling in the abundance of reality. The
pleasure of the surprise of what emerges in each painting: how did I see today?
The sensual pleasure of touch. The
play of textures, hues and palettes. The endless
series of transformations. The painter is aroused. The painter is on the
hunt.
The Magenta Blues artist is a hunter, chasing the surprise of “how the
painting will emerge today”.
How do I see today? Who am I?
Who am I? A surprising discovery renewed each time, unpredictable and
often disturbing.
Magenta Blues artists are fascinated with painting in colour. They are
fascinated with the simple act of seeing. They are fascinated with the
phenomena of perception.
And they are fascinated with the adventure of tracking a painting from
birth to completion. They work to ensure that each area of the painting excites
the eye and participates in the tensions that render the work lively, surprising
and unpredictable to any eye traveling its landscape.
Magenta Blues is also feed by surrealist poets and painters. To chase
the discovery of what emerges in the waking dream: this is the ultimate goal.
This necessitates a mastering of the drawing skills required to allow the forms
to appear without the painter asking how: curiosity, uniqueness, surprise as
much as the pleasure of mastering the skills that allow it to “just happen”
effortlessly and spontaneously.
Mastery to achieve spontaneity! Rigour to avoid rigidity…
Francine Labelle
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